TVA sur l’AdBlue : règles de déduction, récupération et cas pratiques pour les entreprises
Une facture d’AdBlue de 800 € HT classée comme du carburant, et c’est toute la déduction de TVA qui part en fumée à la première vérification fiscale. Une cuve de 1 000 litres acquise pour la flotte mais comptabilisée comme charge plutôt qu’immobilisation, et c’est l’amortissement qui devient impossible. L’AdBlue obéit pourtant à un régime fiscal beaucoup plus favorable que le gazole : sa TVA est intégralement déductible, à condition que les justificatifs et la comptabilité respectent les règles. Ce guide décortique le traitement fiscal de l’AdBlue pour éviter les pièges classiques.
Réponse rapide : la TVA sur l’AdBlue est-elle déductible ?
En bref : dans quels cas le droit à déduction existe
La TVA acquittée sur l’achat d’AdBlue est intégralement déductible à 100 % pour toute entreprise assujettie à la TVA, dès lors que l’AdBlue est utilisé pour les besoins de l’exploitation. Cette règle s’applique à tous les véhicules concernés : utilitaires, poids lourds, véhicules de tourisme professionnels, engins agricoles, véhicules de location longue durée. L’AdBlue n’est pas un carburant : c’est un additif technique régi par le droit commun de la TVA, contrairement à l’essence et au gazole qui obéissent à des règles spécifiques de récupération partielle.
Les exceptions à connaître avant de déduire la TVA
Trois cas seulement font échec à la déduction. Premier : usage strictement privé (véhicule personnel d’un particulier non professionnel). Deuxième : facture non conforme aux mentions obligatoires de l’article 242 nonies A de l’annexe II du CGI. Troisième : entreprise non assujettie ou en franchise de TVA (auto-entrepreneur sous le seuil, association non assujettie). Hors ces situations, l’AdBlue acheté pour des véhicules professionnels donne droit à récupération intégrale, sans abattement comme celui qui s’applique aux 80 % du gazole sur véhicules de tourisme.
Comprendre l’AdBlue : définition, usage et différence avec le carburant
Pourquoi l’AdBlue n’est pas un carburant
L’AdBlue est une solution aqueuse d’urée à 32,5 % conforme à la norme ISO 22241. Composition : 67,5 % d’eau déminéralisée, 32,5 % d’urée pure. Aucun pouvoir énergétique, aucune combustion, aucune valeur calorifique. L’AdBlue ne brûle pas dans le moteur : il est injecté dans la ligne d’échappement des véhicules diesel équipés du système SCR (Selective Catalytic Reduction) où il se transforme en ammoniac puis réagit avec les oxydes d’azote (NOx) pour former de l’azote et de la vapeur d’eau, gaz neutres rejetés à l’atmosphère.
Cette nature non-carburante change tout fiscalement. La TVA sur le gazole subit un plafond de 80 % sur véhicules de tourisme. La TVA sur l’essence ne dépassait pas 80 % en 2024, alignée sur le gazole. L’AdBlue, lui, est traité comme une fourniture industrielle banale : son régime suit le droit commun de la TVA déductible à 100 % sur biens et services nécessaires à l’exploitation.
Quels véhicules diesel utilisent de l’AdBlue ?
Tous les véhicules diesel Euro 6 (commercialisés depuis 2015 en VL et 2014 en VUL/PL) embarquent un système SCR avec réservoir AdBlue dédié. Cela inclut : voitures particulières diesel récentes (Renault Espace Blue dCi, Peugeot 508 BlueHDi, Volkswagen Passat TDI), véhicules utilitaires Euro 6 (Renault Master, Mercedes Sprinter, Iveco Daily), poids lourds depuis Euro 6 généralisé en 2014, engins agricoles à partir de Stage V (depuis 2019), bus urbains et autocars. Le marché français de l’AdBlue représente environ 2,5 millions de m³ annuels, dont 70 % vont au transport routier de marchandises, 15 % aux véhicules particuliers, 15 % aux engins et autres usages.
Données de marché récentes sur l’AdBlue
Le prix de l’AdBlue oscille entre 0,50 et 1,20 €/L TTC selon le format d’achat et la conjoncture (forte volatilité liée au prix du gaz naturel utilisé pour la synthèse de l’urée). Une consommation type représente 3 à 5 % du volume de gazole consommé pour un poids lourd, 2 à 4 % pour un utilitaire, 1 à 2 % pour une voiture particulière. Sur une flotte qui consomme 100 000 L de gazole par an, l’AdBlue représente 3 000 à 5 000 L, soit 1 800 à 4 500 € HT de dépense annuelle, dont 360 à 900 € de TVA récupérable.
Le cadre fiscal : sur quel droit repose la déduction de TVA sur l’AdBlue ?
Le principe du droit à déduction de la TVA
L’article 271 du CGI pose le principe : la TVA grevant un bien ou un service utilisé pour les opérations soumises à la TVA est déductible. Quatre conditions cumulatives. Première : être assujetti à la TVA (entreprise au régime réel ou simplifié, hors franchise en base). Deuxième : utiliser le bien ou service pour l’exploitation. Troisième : disposer d’une facture mentionnant la TVA. Quatrième : ne pas tomber sous une exclusion légale spécifique. L’AdBlue ne tombe sous aucune exclusion légale, contrairement aux carburants pour lesquels le législateur a aménagé des règles dérogatoires.
Pourquoi l’AdBlue relève du droit commun plus que des règles sur les carburants
L’article 298 du CGI restreint la déduction de TVA sur les carburants. Cette disposition vise expressément les « produits pétroliers utilisés comme carburants » : essence, gazole, GPL, GNV. Elle ne mentionne pas les additifs techniques. La doctrine fiscale (BOI-TVA-DED-30-10) confirme que les fluides d’aide à la dépollution comme l’AdBlue ne sont pas concernés par la limitation et bénéficient du droit commun. Cette analyse a été reconfirmée à plusieurs reprises par les services fiscaux, notamment dans les rescrits publiés sur impots.gouv.fr.
Les conditions à remplir pour déduire la taxe
- L’entreprise doit être assujettie à la TVA et avoir réalisé l’achat dans le cadre de son activité économique.
- L’AdBlue doit être affecté à des véhicules professionnels (utilisés pour les besoins de l’exploitation).
- La facture doit comporter les mentions légales obligatoires (numéro, date, identité des parties, désignation, prix HT, taux et montant de TVA).
- La comptabilité doit refléter correctement l’opération (compte 6062, 6065 ou 6068 selon le PCG retenu).
- L’achat doit être justifié par la réalité de la consommation (cohérence avec la flotte, les kilométrages, le suivi de carburant).
Assujettissement, affectation professionnelle et justificatifs
Une auto-entreprise en franchise en base ne peut pas récupérer la TVA. Une SARL classique au réel normal ou simplifié récupère intégralement. Une exploitation agricole au régime simplifié de la TVA (RSA) ou au régime réel agricole (RRA) déduit également. L’affectation professionnelle se prouve par la cohérence : véhicules immatriculés au nom de l’entreprise, fiches d’utilisation, kilométrages renseignés. Les justificatifs sont la facture détaillée et, en cas d’achat à la pompe par carte carburant, le ticket complété par le récapitulatif mensuel du gestionnaire de flotte.
AdBlue, carburant, lubrifiants : les différences qui changent la TVA
Pourquoi il ne faut pas confondre AdBlue et carburant
Confondre l’AdBlue avec un carburant dans la comptabilité conduit à appliquer un abattement de 20 % qui n’a pas lieu d’être, donc à perdre de la TVA récupérable. Sur 1 000 € HT d’AdBlue, traiter à tort en carburant tourisme limite la déduction à 80 % de la TVA, soit 160 € au lieu de 200 €. Cumulé sur une flotte de 50 véhicules pendant plusieurs années, le manque à gagner devient significatif. La règle pratique : créer un compte comptable dédié « Achats AdBlue » distinct du compte « Carburants » pour éviter toute confusion.
Comparatif TVA : AdBlue vs gazole vs essence vs autres produits
| Produit | VU / VUL / PL | VL tourisme professionnel | Justification |
|---|---|---|---|
| AdBlue | 100 % | 100 % | Additif technique, droit commun |
| Gazole | 100 % | 80 % | Article 298 CGI, plafond tourisme |
| Essence sans plomb | 100 % | 80 % | Aligné sur gazole depuis 2022 |
| GPL carburant | 100 % | 100 % | Article 298 CGI, énergie alternative |
| Gaz naturel véhicule (GNV) | 100 % | 100 % | Énergie alternative |
| Lubrifiants moteur | 100 % | 100 % | Droit commun, pas un carburant |
| Liquide lave-glace, refroidissement | 100 % | 100 % | Droit commun |
Les erreurs fréquentes de déduction à éviter
- Comptabiliser l’AdBlue dans le compte « Carburants » : risque d’application de la limitation à 80 % par erreur.
- Ne pas séparer la TVA sur cuve de stockage et la TVA sur l’AdBlue : régimes fiscaux différents (immobilisation amortie vs charge déductible).
- Traiter une facture multi-postes (gazole + AdBlue + lavage) globalement sans ventiler : risque de mauvaise affectation.
- Oublier de récupérer la TVA sur l’AdBlue acheté à la pompe : un ticket de station n’est pas toujours suffisant, demander une facture nominative.
- Récupérer la TVA sur AdBlue d’un véhicule personnel à usage privé d’un dirigeant : la déductibilité est conditionnée à l’usage professionnel.
Quels véhicules et usages ouvrent droit à déduction ?
Utilitaires, poids lourds et flotte diesel
Les véhicules utilitaires (VUL), les véhicules industriels (VI) et les poids lourds (PL) bénéficient automatiquement du régime à 100 %. Aucune réfaction tourisme à appliquer. La carte grise mentionne le genre du véhicule (CTTE, FOUR, TRR, etc.) qui détermine son statut fiscal. Une fourgonnette type Renault Kangoo Express en CTTE est un VUL à 100 %. La même Kangoo en VP (configuration 5 places assises) bascule en véhicule de tourisme au sens fiscal, mais l’AdBlue reste à 100 % puisque ce n’est pas un carburant.
Véhicules de tourisme : que faut-il vérifier ?
Sur véhicule de tourisme professionnel (commerciaux, dirigeants, voitures de fonction), l’AdBlue suit le régime du droit commun à 100 %, contrairement au gazole qui reste limité à 80 %. Cette dissociation justifie absolument une comptabilisation séparée. Sur la même facture mensuelle d’une carte carburant pour un commercial, la déduction est de 80 % du gazole et 100 % de l’AdBlue. Le logiciel comptable doit pouvoir distinguer les deux postes : la plupart des cartes carburant fournissent un récapitulatif mensuel ventilé par produit pour faciliter ce traitement.
Cas des engins et usages strictement professionnels
Engins agricoles, machines de chantier, équipements industriels équipés de moteurs Stage V SCR : tous ouvrent droit à déduction de TVA sur l’AdBlue à 100 %. Pour ces engins, le GNR (gazole non routier) bénéficie également d’un régime spécifique différent du gazole routier, mais l’AdBlue reste indépendant et déductible totalement. Une exploitation agricole utilisant 200 L d’AdBlue par an pour son tracteur et sa moissonneuse-batteuse récupère la totalité de la TVA acquittée.
Comment récupérer la TVA sur l’achat d’AdBlue en pratique
Les justificatifs indispensables : facture, mentions et preuve d’achat
Toute déduction de TVA exige une facture conforme aux exigences de l’article 242 nonies A de l’annexe II du CGI. Mentions obligatoires : numéro et date de facture, identité du fournisseur (nom, adresse, n° TVA intracommunautaire si UE), identité du client (nom, adresse, n° TVA pour les opérations B2B), désignation du produit (« AdBlue », « Solution d’urée AdBlue », « AUS 32 »), quantité et prix unitaire HT, prix total HT, taux et montant de TVA, prix TTC. Pour un achat à la pompe, le ticket simple ne suffit généralement pas : il faut compléter par la facture mensuelle nominative émise par l’enseigne ou le gestionnaire de carte carburant.
Achat en station, bidon, fût, IBC ou vrac : quelles différences ?
Achat en station avec carte carburant : facture mensuelle ventilant gazole et AdBlue, traitement comptable courant. Achat en bidon (5 ou 10 L) en magasin spécialisé : facture détaillée à l’unité, traitement courant. Achat en fût (60 ou 200 L) : facture du distributeur, charge déductible immédiatement, mais éventuellement à amortir si conservé en stock significatif. Achat en IBC (1 000 L) : peut être en stock tampon, à traiter en achat de marchandises ou consommables selon volume. Achat en vrac avec livraison sur cuve : facture du livreur, comptabilisation directe en achat de matière consommable. Tous ces formats ouvrent droit à déduction de TVA à 100 %.
Checklist de conformité avant de déduire la TVA
- Facture conforme aux mentions légales obligatoires.
- Désignation explicite « AdBlue » ou « AUS 32 » sur la facture.
- Achat affecté à un véhicule ou engin professionnel identifié.
- Cohérence avec la consommation théorique (3-5 % du volume gazole).
- Comptabilisation dans un compte distinct des carburants.
- Conservation des justificatifs pendant 6 ans (délai de prescription fiscale).
Comptabilité de l’AdBlue : comptes, ventilation et TVA déductible
Ventilation HT / TVA / TTC
Pour 100 € TTC d’AdBlue (TVA 20 %) : 83,33 € en compte 6062 ou 6068 (Achat AdBlue, ou compte dédié), 16,67 € en compte 44566 (TVA déductible sur autres biens et services). En cas d’achat sur facture multi-produits (gazole + AdBlue + lavage), ventiler ligne par ligne. Le total HT de chaque ligne va dans le compte de charge approprié, et la TVA correspondante en 44566 (sur achats de biens) ou 44562 (sur immobilisations) selon le cas.
Cas des achats récurrents, du stock et des livraisons en cuve
Un achat ponctuel d’AdBlue se comptabilise directement en charges. Un achat de plusieurs IBC stockés sur site pour consommation étalée peut justifier une comptabilisation en stock (compte 31 ou 33) si le volume est significatif et la durée de stockage longue. La règle pratique : si l’AdBlue est consommé dans le mois ou le trimestre, traiter en charges directes. Si stockage de plus de 3 mois ou volume représentant plus de 5 000 €, envisager un suivi en stock avec inventaire annuel.
Erreurs comptables fréquentes à éviter
- Comptabiliser l’AdBlue dans le compte « Carburants » (60622) : confusion possible lors de l’application des limitations TVA.
- Oublier de séparer le coût de la cuve de stockage (immobilisation) du coût de l’AdBlue (charge).
- Ne pas isoler les achats AdBlue lors d’une facture globale carte carburant : la TVA déductible n’est pas la même que celle du gazole.
- Récupérer la TVA sur les achats personnels du dirigeant pour véhicule privé : exclus de l’usage professionnel.
- Ne pas conserver les justificatifs pendant la durée légale (6 ans).
Cuve et stockage d’AdBlue : TVA sur le produit, TVA sur le matériel
Différence entre l’achat du produit et l’achat de la cuve de stockage
Acquérir une cuve de stockage ou une cuve dédiée AdBlue est un investissement matériel à amortir, comptabilisé en immobilisation corporelle (compte 2154 Matériel industriel ou 2188 Autres immobilisations selon le cas). La TVA sur la cuve est déductible à 100 % comme pour tout matériel professionnel. L’amortissement linéaire ou dégressif s’applique sur 5 à 10 ans selon le type de cuve. Le produit AdBlue lui-même est un consommable comptabilisé en charge à chaque achat. Les deux régimes coexistent sans interférence.
Pompe, accessoires, installation et maintenance : quel traitement ?
Les accessoires d’une station AdBlue se traitent selon leur valeur et leur durée de vie. Pompe de transfert, pistolet de distribution, débitmètre, tuyauterie : immobilisations amortissables si valeur unitaire supérieure à 500 € HT, sinon charges directes. Installation par un professionnel (raccordement électrique, dalle béton, génie civil) : à intégrer au coût d’acquisition de la cuve si liée au montage initial, ou en charges si maintenance courante. La maintenance annuelle (révision pompe, remplacement des filtres) reste en charge déductible. Toute la TVA est récupérable à 100 % sur ces postes.
Bonnes pratiques de gestion du stockage et de traçabilité
Une cuve d’AdBlue stockée sur site doit faire l’objet d’un suivi des entrées (livraisons) et sorties (consommation par véhicule). Cette traçabilité sert deux objectifs : justifier l’usage professionnel en cas de contrôle fiscal et suivre les consommations pour le contrôle de gestion. Un cahier de bord avec dates, volumes, immatriculations et compteurs kilométriques constitue le justificatif de référence. Les solutions de gestion de flotte modernes intègrent ce suivi automatiquement via puce RFID ou pistolets connectés.
Prix, consommation et formats d’approvisionnement
Combien coûte l’AdBlue selon le format d’achat ?
Le prix unitaire varie fortement selon le format. Bidon 5-10 L en magasin : 1,50 à 2,50 €/L. Bidon ou jerrycan 20 L : 1,20 à 1,80 €/L. Fût de 200 L livré : 0,80 à 1,20 €/L. IBC de 1 000 L livré : 0,60 à 0,90 €/L. Vrac sur cuve à partir de 2 000 L : 0,50 à 0,80 €/L. L’écart entre le bidon et le vrac peut atteindre un facteur 4. Pour une consommation supérieure à 1 500 L/an, l’investissement dans une cuve dédiée se rentabilise généralement en moins de 2 ans grâce à l’écart de prix au litre.
Prix 2026 en vrac, IBC, fût et bidons
| Format | Prix moyen 2026 (€/L HT) | Pour qui ? |
|---|---|---|
| Bidon 5-10 L | 1,30 à 2,00 | Particulier, dépannage occasionnel |
| Jerrycan 20 L | 1,00 à 1,50 | Petits utilitaires, flotte modeste |
| Fût 200 L | 0,70 à 1,00 | Artisan, exploitation agricole |
| IBC 1 000 L | 0,55 à 0,80 | PME avec flotte significative |
| Vrac sur cuve 2 000+ L | 0,45 à 0,70 | Transporteurs, gros consommateurs |
Consommation moyenne selon le type de véhicule diesel
- Voiture particulière diesel : 1,5 à 2,5 L d’AdBlue pour 1 000 km.
- Utilitaire léger (Master, Sprinter, Daily) : 2 à 4 L pour 1 000 km.
- Poids lourd 19 tonnes : 5 à 8 L pour 1 000 km.
- Tracteur routier 44 tonnes : 7 à 12 L pour 1 000 km.
- Tracteur agricole Stage V : 0,5 à 1 L par heure de travail intensif.
- Bus urbain : 8 à 12 L pour 1 000 km.
Quand choisir une cuve de stockage plutôt qu’un achat au détail ?
Le seuil économique se situe vers 1 500-2 000 L de consommation annuelle. Au-delà, l’écart de prix entre vrac et bidons couvre rapidement le coût d’une cuve adaptée. Une cuve double-paroi de 2 500 L avec pompe et pistolet revient à 3 500-5 500 € HT. Pour 3 000 L/an consommés à 0,55 €/L au lieu de 1,20 €/L (bidons) : économie annuelle de 1 950 €, retour sur investissement entre 2 et 3 ans selon la dépense initiale. La cuve étant amortissable sur 7-10 ans, elle continue à générer des économies bien au-delà du remboursement.
Tableau récapitulatif : droit à déduction selon le cas
Cas standards
| Situation | TVA AdBlue déductible | Notes |
|---|---|---|
| VUL professionnel, achat station carte carburant | 100 % | Facture mensuelle ventilée |
| VL tourisme dirigeant ou commercial | 100 % | Indépendant du régime du gazole |
| Poids lourd transport pour compte propre ou tiers | 100 % | Facture conforme |
| Engin agricole avec achat en bidon | 100 % | Justificatif d’usage agricole |
| Achat en cuve livrée sur site professionnel | 100 % | Facture du livreur |
| Cuve de stockage AdBlue elle-même | 100 % | Immobilisation amortissable |
Cas à risque ou nécessitant vérification
- Achat à l’étranger : appliquer les règles de TVA intracommunautaire (autoliquidation) ou les remboursements de TVA pays tiers selon la situation.
- Auto-entrepreneur en franchise en base : TVA non déductible (l’AdBlue est un coût TTC).
- Véhicule mixte usage privé/professionnel d’un dirigeant : déduction au prorata de l’usage professionnel, justification par carnet de bord obligatoire.
- Facture incomplète sans mention « AdBlue » claire : refus possible en cas de contrôle.
- Achat groupé avec gazole non ventilé : exiger la ventilation auprès du fournisseur.
Cas particuliers et limites : quand la TVA sur l’AdBlue peut être refusée
Usage privé, justificatifs insuffisants et anomalies de gestion
Trois motifs principaux peuvent justifier un redressement. Premier : usage avéré d’un véhicule privé du dirigeant ou des associés (week-end, vacances) sans déduction au prorata. Deuxième : volumes incohérents avec la flotte déclarée (consommation théorique 1 200 L mais factures pour 4 000 L : suspicion d’achats personnels). Troisième : justificatifs manquants ou incomplets après mise en demeure de l’administration. Dans tous ces cas, l’administration peut refuser tout ou partie de la TVA déduite et ajouter intérêts de retard et pénalités.
Cas des achats à l’étranger et des factures irrégulières
Un transporteur français qui achète de l’AdBlue dans un pays UE doit appliquer le régime des acquisitions intracommunautaires : autoliquidation de la TVA française sur la facture HT du fournisseur étranger. La TVA autoliquidée est ensuite déductible dans les conditions habituelles. Pour un achat dans un pays tiers (Suisse, Royaume-Uni post-Brexit), la TVA étrangère ne se déduit pas en France mais peut faire l’objet d’une demande de remboursement auprès de l’administration locale via la procédure de la 13e directive (UE) ou du formulaire VAT 65A (UK).
FAQ sur la TVA de l’AdBlue
Peut-on déduire la TVA sur l’AdBlue d’un véhicule diesel de société ?
Oui, intégralement. La TVA sur l’AdBlue est déductible à 100 % pour tout véhicule professionnel, tourisme ou utilitaire, avec une affectation à l’exploitation. C’est l’un des rares postes liés aux véhicules où la limitation de 80 % applicable au gazole n’a pas cours.
La TVA est-elle récupérable pour les utilitaires ?
Oui, à 100 %, comme pour tous les véhicules à usage professionnel. Les VUL et VU bénéficient également d’un régime à 100 % sur le gazole, ce qui rend la dissociation comptable AdBlue/gazole moins critique pour cette catégorie. Mais elle reste recommandée pour la clarté.
Peut-on récupérer la TVA sur une cuve de stockage AdBlue ?
Oui, à 100 %. Une cuve de stockage AdBlue est un matériel professionnel qui suit le droit commun de la déduction de TVA. Elle se comptabilise en immobilisation et s’amortit sur 5 à 10 ans selon le type de cuve, mais la TVA est déductible immédiatement à l’acquisition.
Une facture de station suffit-elle pour déduire la taxe ?
Le ticket simple de station n’est pas toujours suffisant en cas de contrôle fiscal. Préférer la facture mensuelle nominative émise par l’enseigne ou le gestionnaire de carte carburant, qui ventile chaque achat avec mention « AdBlue », quantité, prix HT et TVA. Pour les achats au comptant chez un distributeur professionnel, exiger une facture complète avec coordonnées de l’entreprise cliente.
Qu’en est-il d’un achat d’AdBlue à l’étranger ?
Pour un achat dans un pays UE, application du régime des acquisitions intracommunautaires : autoliquidation de la TVA française. Pour un achat dans un pays tiers, la TVA étrangère ne se déduit pas mais peut être remboursée via les procédures dédiées. Conserver les factures originales avec mention de la TVA pays d’origine et des numéros TVA des deux parties.
Le droit à déduction dépend-il du type de véhicule ou de l’usage professionnel ?
Le type de véhicule n’a pas d’incidence pour l’AdBlue : tous les véhicules professionnels donnent droit à 100 % de récupération. C’est l’usage qui compte : un véhicule à usage strictement privé (par exemple véhicule personnel d’un dirigeant non utilisé pour l’exploitation) ne donne pas droit à déduction, même si le carburant et l’AdBlue sont payés par l’entreprise (auquel cas il y a en plus risque de requalification en avantage en nature).
Ce qu’il faut retenir sur la TVA AdBlue
Les 3 réflexes pour sécuriser votre droit à déduction
Premier : créer un compte comptable dédié AdBlue (sous-compte 6068 par exemple), distinct des carburants, pour éviter toute confusion avec les limitations applicables au gazole. Deuxième : conserver toutes les factures avec ventilation claire du produit, du volume et de la TVA, pendant 6 ans minimum. Troisième : valider que les achats correspondent à une consommation cohérente avec la flotte (3-5 % du gazole consommé est l’ordre de grandeur attendu). Avec ces trois réflexes, la TVA AdBlue se récupère sans difficulté et résiste à un contrôle fiscal.
Pour les flottes qui consomment plus de 1 500 L par an, l’investissement dans une cuve de stockage dédiée et son équipement (pompe, pistolet, débitmètre) génère à la fois des économies substantielles sur le prix au litre et une meilleure traçabilité comptable. Tous ces équipements bénéficient également d’une TVA déductible à 100 %.

Anthony est co-fondateur de cuve-expert.fr et s’occupe de la partie marketing et communication.